Tops/Flops albums 2025

Rédigé par Yohan Holchaker et Thibault Vilanova
Publié le 14 décembre 2025

Durée de lecture : 5-7 minutes

2026 démarre, c’est le moment de faire un bilan sur l’année qui vient de s’achever. Voici nos coups de coeur (“Tops”) et nos déceptions (“Flops”) de 2025.

Nos Flops

Yohan

Posons les bases. Man’s Best Friend n’est pas un mauvais album, loin de là. Et pourtant, c’est bien mon flop de l’année.

Sabrina avait cartonné en 2024 avec Short n’ Sweet et ses méga tubes (Taste, Please Please Please et bien sûr Espresso) et n’a pas attendu pour sortir un nouvel album… et c’est bien mon problème.

Sorti seulement 6 mois après la version Deluxe de Short n’ Sweet, Man’s Best Friend reprend les codes de son prédécesseur, sans y ajouter grand chose.

La direction artistique est sensiblement la même, avec souvent un ton ironique et malicieux et des visuels vintage et très pin-ups.

En parlant de visuels, la cover de Man’s Best Friend a reçu un accueil très mitigé (à raison je trouve) et semble avoir eu pour objectif de faire le buzz.

Mais pourquoi vouloir faire le buzz au sortir d’une année triomphale, alors que son prochain projet allait être écoutée quel qu’il soit ? Une prise de risque artistique qui n’a pas payée ? Peut-être, mais c’est bien la seule prise de risque…

La musique, on y vient. Le mélange synth-pop-country fonctionne toujours, les mélodies sont bonnes, et les paroles sont écrites intelligemment, souvent avec humour. Rien de nouveau, donc.

Sauf que les singles ne rencontrent pas le même succès que ceux de Short n’ Sweet (hormis Manchild, sorti presque 3 mois avant l’album).

On se retrouve donc avec un album plutôt bon, mais loin de ce que pourrait proposer un artiste après un succès planétaire. 

C’est moins diversifié, c’est safe, et ça donne l’impression d’un projet sorti à la va-vite pour surfer sur le carton de l’album précédent.

Sabrina Carpenter a maintenant un public fidèle, qui l’aime tant pour sa musique que pour sa personnalité et je pense qu’elle aurait pu se permettre plus de choses, c’est bien l’avantage d’avoir des fans, non ?

Je nuancerai en disant que Sabrina a pas mal roulé sa bosse avant 2024, notamment en termes de styles musicaux, et je peux entendre qu’elle n’ait pas voulu s’aventurer ailleurs après Short n’ Sweet.

Dommage.

Thibault

Ed Sheeran est probablement le plus grand songwriter des années 2010.

En 2011, à l’époque de l’EDM et des Pitbull/Flo Rida, débarque un rouquin en hoodie et Vans, seul avec sa loop station. Jusqu’en 2019 il va nous concocter des “The A Team”, “Lego House”, “Thinking Out Loud”, “Shape Of You”, “Perfect”, “Galway Girl”, “South of the Border”… mais aussi des “Love Yourself” pour Bieber, “Cold Water” pour Major Lazer ou “Your Song” pour Rita Ora. Ça en fait des streams.

Et puis arrivent les années 2020. Et là… plus grand-chose.

En l’espace de quelques années, Ed Sheeran sort Equals, Minus, Autumn Variations et maintenant Play. Quatre albums, et une impression persistante : celle d’un artiste ayant perdu l’inspiration.

Commençons par le premier single, Azizam.

La première partie de la chanson est top :
– un riff entêtant aux sonorités iraniennes,
– un couplet catchy avec un bon mélange de synthé basse et de percussions orientales,
– un pré-refrain ultra efficace,
– un refrain mélodique fait pour se trémousser et nous mettre en transe.

Tout est donc parfait jusqu’à 1min20 et puis… rien. Absolument rien ne se passe ensuite dans cette chanson :
– Le refrain ne varie pas.
– Les couplets ne varient pas.
– Le pré-refrain ne varie pas.
– La production évolue à peine : un filtre low-pass, de légers back vocals.
– Pas de pont. Pas d’outro. Le riff tourne en boucle sans jamais se transformer.

Une chanson frustrante, fainéante même.

On pourrait se dire : “D’accord, ce n’est qu’un single.” Mais l’album confirme cette première impression.

D’abord, la voix… celle d’Ed Sheeran a changé. Elle est devenue plus nasillarde, moins pure qu’à ses débuts. Ce n’est pas un problème en soi, la voix évolue chez tous les artistes. Le souci, c’est que Play repose énormément sur cette voix, mise au premier plan, chargée de transmettre toute l’émotion, à la manière d’une Adele, d’un Bono ou d’un Pierre Garnier.

Sauf qu’ici, l’émotion ne passe plus.

Restent alors les textes. Et là encore, on n’est pas sur du Bob Dylan.

Dans Azizam ou Sapphire, on entend : « Touching on your body while you’re pushing on me, don’t you end the party, I could do this all week » ou encore « Meet me on the floor tonight, show me how to move like the water”.

Sérieusement ? On se croirait face à des paroles d’un mauvais chanteur R&B des années 2000. Et surtout, ça ne colle pas avec Ed Sheeran. Depuis quand Ed est le gars qui danse toute la nuit en club ? Non ! Ed, c’est le mec qui va boire des pintes au bar avec ses potes.

Se rattrape-t-il sur la qualité des arrangements et du sound design ? Toujours pas, un coup c’est une simple guitare acoustique, un autre c’est une instru jazzy, un autre ce sont quelques nappes de synthés planantes entendues 1000 fois dans les années 2010, non il n’y a rien à se mettre sous la dent.Ed Sheeran a prouvé mille fois qu’il pouvait être brillant. Il a le public, la liberté et le talent pour tenter des choses. Alors pourquoi se contenter de ça ?

Nos Tops

Yohan

Cap sur la Belgique avec le premier album d’Héléna, une jolie surprise de cette année 2025 et une belle leçon d’authenticité.

Héléna, comme tout ancien candidat de télé-crochet préparant son premier projet, était face à un défi de taille : comment transformer les fans d’Héléna la candidate en fans d’Héléna l’artiste ?

Déjà, avec une direction artistique intelligente et carrée.

Les visuels de promo sont marquants (la tête dans le sable pour Summer Body, le cœur avec le majeur pour Mauvais Garçon) et sont toujours au service d’un storytelling simple mais vrai, très ancré dans sa génération. Car c’est ce storytelling qui fait la force d’Héléna.

Elle chantait dans sa chambre avant la Star Academy, elle est comme tout le monde. Elle a des doutes sur sa carrière (Mélatonine) et son corps (Summer Body), parle de sa grand-mère (Bonne Maman), de rupture (Adieu mon amour), de relation toxique (Mauvais Garçon)…

Bref, autant de sujets qui parlent beaucoup aux 18-25 ans.

Héléna parvient à aborder ces sujets de manière authentique dans ses paroles, en parlant d’elle en détail (Tout a changé (Rien a changé), Mon piano et moi, Boule au ventre) et non pas avec des termes génériques pour que tout le monde puisse s’identifier à elle. On a l’impression de connaître Héléna, on a envie d’être pote avec elle, et surtout on a envie de la voir réussir.

La musique n’est pas révolutionnaire, mais elle fonctionne. On trouve principalement de jolies ballades au piano (Boule au ventre, Bonne Maman, Summer Body) et des titres upbeats (Mauvais Garçon, Pieds sur terre, Karma).

Héléna a clairement son style de mélodie : elles commencent presque toujours avant le premier temps du refrain, ce qui crée de l’anticipation et un build-up naturel pour le début du refrain.

Pour ce qui est de la production, on oscille entre mélanges vraiment intéressants (Mauvais Garçon, quelque part entre Billie Eilish et The Weeknd, ou Pieds sur terre, avec son riff indie rock), et d’autres titres plus prévisibles (Tout gâcher qui est très Angèle, ou Karma, Mélatonine et Gentil Garçon qui ont tous le même son de guitare acoustique palm mute).

Mais ce n’est pas ce qu’on retient quand on écoute Hélé. On retient que c’est de la jolie pop francophone, faite par une artiste talentueuse, qui a du coeur, et qui est bien entourée.

Alors même si ce n’est pas le meilleur album de l’année, le défi est réussi, donc on dit bravo.

Thibault

Ce projet aurait pu s’intituler “Contradictions cohérentes” tellement il dégage une ambiance paradoxale, à la fois mignonne et sale, douce et abrasive. 

Une dualité que l’on retrouve partout.. dans l’interprétation, les textes et les instrus. 

Pour l’interprétation vocale, on oscille en effet entre des passages de voix très brutes, naturelles, douces, sans artifices… à des voix harmonisées, pitchées, saturées, salies à l’excès. 

Pour les textes, Miki navigue constamment entre la vulgarité assumée et une immense douceur, entre la gentille fille (“pourquoi j’pense à ma mère dans ces moments là?”)  et la femme badass (“tout me coule dessus, comme un amphibien”), entre des préoccupations sentimentales (“à 19 ans, j’ai bloqué sur un mec, 19 mois pour qu’il m’sorte de la tête”) et des sujets beaucoup plus lourds (“j’ai un prof de tennis qui m’a touché là où il fallait pas”), le tout saupoudré de références pop-culture qui font mouche (Nintendo, Mr Freeze, PolyPocket, Mille Bornes…

Pour les instrumentales, il y a eu un énorme travail de fait sur la prod, et ça, grâce à l’équipe que Miki a constituée. 

Sur ce projet, ils sont au nombre de quatre, et ça se sent : 4 permet d’être suffisamment nombreux pour multiplier les propositions créatives, mais pas trop non plus pour ne pas perdre l’âme du projet.
Voici sa team : 

  • Tristan Salvati, figure incontournable de la pop et de la variété française, passé par Angèle, M. Pokora ou Louane. Il apporte l’efficacité mélodique 
  • LUCASV, connu notamment pour l’album L’amour de Disiz, travaille la matière sonore, les textures et les déstructurations, il va apporter cette ambiance planante à l’album
  • CANBLASTER, DJ issu de la musique électronique, qui vient salir les sons, les rendre abrasifs, presque anxiogènes parfois, avec des textures très digitales, des ambiances lourdes, et des sonorités qui évoquent autant les jeux vidéo que l’électro expérimentale.

Si cet album fonctionne aussi bien, c’est aussi qu’il est ancrée dans une direction artistique cohérente et maîtrisée : son personnage public, ses interviews, ses visuels, sa musique et ses textes racontent tous la même Miki.

Bonus: Notre FlopiTop

Pour Thibault, c'est un Top :

Taylor Swift, musicalement, c’est quoi ? de la country-pop à ses débuts, des balades acoustiques et planantes sur ses 4 albums précédents… et entre les deux ? de la pop ultra catchy et formatée pour la radio (albums Red et 1989). 

Avec cet album Life Of a Showgirl, Taylor Swift revient simplement à l’un de ses fondamentaux : une pop qui, certe n’a pas la profondeur de paroles et d’instrospections d’un Evermore ou d’un The Tortured Poet Department, mais une pop moderne, terriblement efficace, qui est là pour faire chanter et danser sans se prendre la tête. 

Était-ce l’ambition du projet ? Evidemment ! 

Comment en être convaincu ? Il n’y a qu’à regarder qui sont les auteurs et producteurs de cet album : les suedois Max Martin et Shellback. En plus d’avoir produit pour Katy Perry, P!nk, Britney ou Ariana Grande, ce sont eux qui ,il y a plus de 10 ans, avaient déjà produit les tubes I knew you were trouble, 22, We are never getting back together, Blank Space, Shake it Off, Bad Blood… Rien que ça… 

Pouvait-on attendre autre chose que de la pop formatée pour la radio avec ces 2 producteurs aux commandes ? Bien sûr que non

The Life of a Showgirl n’est pas un album qui cherche à réinventer Taylor Swift. C’est un disque qui assume pleinement une facette essentielle de sa carrière : celle d’une songwriter pop capable de livrer des tubes impeccables quand elle le décide. Et parfois, c’est largement suffisant.

Pour Yohan, c'est un Flop :

Ces dernières années, on a été habitué à ce que pop catchy efficace soit aussi synonyme de belle écriture, de profondeur dans les productions et de mélodies originales (Billie Eilish, The Weeknd, Lady Gaga…). Alors face à un album qui n’a aucun des trois, j’avoue que je suis perplexe. The Life Of a Showgirl a effectivement le parti pris assumé d’être un album très pop, catchy et formaté, mais en a oublié la substance.

Les textes sont soit assez vides soit carrément gênants (CANCELLED!, Wood), il n’y a qu’à voir le lead single The Fate of Ophelia ou Elizabeth Taylor, dont les paroles ne développent quasiment pas les titres intéressants de ces deux morceaux. Le titre de l’album et sa direction artistique avaient aussi du potentiel et n’ont pas non plus été vraiment abordés dans l’album.

Niveau production, je compte sur les doigts d’une main les idées intéressantes ou inattendues, là où les productions de Finneas, Jack Antonoff ou encore Dan Nigro en regorgent. 

Enfin, vouloir faire un album hyper formaté et fait pour la radio quand on est déjà la plus grande popstar au monde ressemble plus à une motivation financière et marketing qu’artistique, ce que le puriste en moi trouve un peu triste.

A vouloir recréer l’esprit de ses premiers albums pop, Taylor Swift, Max Martin et Shellback ont fait un album extrêmement prévisible et sans âme. Réussir à faire du Taylor Swift sans âme, c’est fort.

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