Vendre ton catalogue musical pour beaucoup de dollars

Pile de vinyles de classiques du rap et du rock posée à côté de liasses de billets de 100 dollars

Bob Dylan a vendu son catalogue pour 300 millions de dollars. Bruce Springsteen a cédé le sien pour 500 millions.

Joli pactole.

Avant que tu ne puisses vendre le tien pour 1 milliard d’ici quelques années, on va t’expliquer comment on arrive à ces chiffres délirants et qui achète ces catalogues (spoiler : ce sont des messieurs en costume-cravate dans des gratte-ciels).

Un marché transformé par le streaming

Avant le streaming, acheter un catalogue musical était considéré comme un investissement risqué. Les revenus étaient imprévisibles car principalement liés à des ventes physiques (CD et vinyles), alors que le téléchargement illégal faisait rage.

Puis Deezer et Spotify sont passés par là, et ça a tout changé !

En créant un flux de revenus continu, stable et prévisible (proche d’une rente en quelque sorte), le streaming a transformé les droits musicaux en actifs financiers attractifs pour des fonds d’investissement.

Résultat : un catalogue qui s’achetait autrefois à 2 ou 4 fois son bénéfice annuel se négocie aujourd’hui entre 15 et 20 fois ce montant, voire davantage pour les actifs les plus prestigieux.

Comment on évalue un catalogue ?

Il ne faut pas juste regarder les chiffres actuels : le plus important, c’est le decay rate (« taux d’érosion » dans la langue de Molière).

Pour expliquer ce terme barbare tout droit venu d’école de commerce, on va prendre un exemple concret : la chanson Sweet Home Alabama.

Celle-ci est considérée comme quasi indestructible : elle est licenciée en permanence pour la publicité, le tourisme, les films… Son decay rate est presque nul. On peut être presque sûr qu’elle sera toujours aussi populaire dans 50 ans alors qu’elle est sortie en 1974.

À l’inverse, un hit actuel peut être un moment culturel éphémère sans garantie de pérennité (pas sûr que Charger de Triangle des Bermudes soit utilisé par des offices du tourisme dans plusieurs années).

Le potentiel de synchronisation compte énormément. Une chanson placée dans un film ou une série génère des revenus significatifs, mais encore faut-il qu’elle soit « licensable ». Des paroles trop explicites ou des samples non clearés peuvent bloquer toute opportunité de sync et donc réduire la valeur d’un catalogue.

C’est le principal problème d’un catalogue de rap, par exemple. Il est plus difficile à valoriser, non pas à cause de sa qualité musicale, mais à cause d’obstacles techniques :

  • énormément de samples à clearer ;
  • des droits fragmentés entre de multiples auteurs ;
  • des paroles explicites qui limitent les opportunités de sync.

Le catalogue de De La Soul en est un parfait exemple : il a fallu 18 mois de travail manuel pour clarifier tous les droits d’échantillonnage avant de pouvoir le distribuer sur les plateformes de streaming.

Est-ce que l’IA menace ce modèle ?

Pour la musique d’ambiance ou « d’ascenseur » comme on dit, la réponse est clairement oui, car celle-ci est « anonyme » : elle ne repose pas sur une identité forte et une base de fans fidèle. Elle peut donc être reproduite par l’IA générative à moindre coût, sans perte de qualité perçue pour l’utilisateur final.

Ce que ça change pour les artistes

Ta musique est un actif financier, pas seulement une œuvre artistique. Et comme tout actif, sa valeur dépend de sa gestion, de sa visibilité et de sa longévité culturelle.

Les artistes d’aujourd’hui sont heureusement mieux informés et mieux représentés que leurs prédécesseurs. Beaucoup conservent désormais la propriété de leurs masters ou obtiennent qu’ils leur reviennent après une certaine période. Le cas Taylor Swift (qui ne possédait pas ses propres masters et a dû les réenregistrer) a marqué les esprits et accéléré cette prise de conscience dans toute l’industrie.

Dans un marché où 100 000 chansons sont uploadées chaque jour, ce qui protège la valeur d’une œuvre à long terme n’est pas sa popularité immédiate. C’est sa capacité à « frapper une corde sensible » de façon universelle et durable, et la qualité de sa gestion dans le temps.

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Yohan et Thibault,
tes producteurs préférés